Ligue pulmonaire vaudoise
18-03-2014 © LS
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Tuberculose : le dispositif de suivi vaudois

Aujourd’hui contenue en Suisse, la tuberculose est sous haute surveillance. Le Service de la Santé Publique (SSP), la Policlinique Médicale Universitaire (PMU) du CHUV avec son Dispensaire Anti-Tuberculeux (DAT) et la Ligue Pulmonaire Vaudoise (LPV) sont les trois principaux coordinateurs de la contention de la maladie, grâce à un partenariat étroit avec l’ensemble des acteurs médico-sociaux du canton. Chaque mois, ces trois institutions se retrouvent dans une séance baptisée la « Tripartite ». Son objectif : examiner et suivre chacun des cas déclarés.

La tuberculose est une maladie infectieuse causée par un bacille (bacille de Koch) qui touche le plus souvent les poumons. Autrefois très répandue, elle touche actuellement près de 500 personnes par an en Suisse. La tuberculose reste en revanche très présente en Asie, en Afrique, en Amérique latine et dans certains pays d’Europe de l’Est. Une personne atteinte peut développer la maladie plusieurs semaines, voire plusieurs années après avoir été contaminée. La tuberculose est transmissible par voie aérienne. Pour qu’une contamination contamination existe, il est nécessaire que l’individu inhale des gouttelettes qui contiennent des mycobactéries. Elle peut avoir lieu lors de contacts prolongés et rapprochés avec un malade, mais la contamination après exposition n’est pas systématique. Les symptômes se manifestent par une fièvre prolongée, de la toux, une fatigue anormale, des suées nocturnes et une perte de poids progressive. Ces derniers n’étant pas toujours associés à la tuberculose, le diagnostic est parfois posé tardivement.

De la déclaration au traitement

Le Service de la santé publique recense les déclarations de cas effectuées par les médecins et les laboratoires. Il a mandaté la Ligue pulmonaire vaudoise pour vérifier et compléter toutes les déclarations de tuberculose du canton ; ces données alimenteront les statistiques nationales par la suite. Les infirmiers/ières de la Ligue pulmonaire réalisent ensuite les enquêtes d’entourage afin de rechercher et identifier les personnes susceptibles d’avoir été infectées par un-e malade atteint-e de tuberculose pulmonaire et de leur proposer le cas échéant un traitement préventif. La Ligue pulmonaire doit aussi s’assurer auprès de ses partenaires de la supervision des traitements, le Directly Observed Treatment (DOT), jusqu’à la clôture du cas. D’une durée de 6 à 9 mois, l’antibiothérapie prescrite nécessite une prise quotidienne de différents médicaments, ce qui est long et pose parfois problème. C’est pourquoi le partenariat de l’équipe « tuberculose » de la LPV avec les membres du réseau médico-social, notamment les médecins traitants, les CMS, les pharmacies ou encore les hôpitaux, est essentiel afin d’organiser les DOT sur toute la durée de la prescription. Par exemple, à Lausanne, les infirmières du dispensaire anti-tuberculeux proposent à certains malades de passer pour prendre leurs médicaments, veillant ainsi directement à la prise de ceux-ci.

La revue des cas déclarés requiert l’attention de tous les partenaires de la « Tripartite ».

La revue des cas déclarés requiert l’attention de tous les partenaires de la « Tripartite ». Photo: LPV

La « Tripartite », pivot du dispositif anti-tuberculeux

Le DAT dispose de toute l’infrastructure nécessaire pour le dépistage de la tuberculose et son traitement avec la présence permanente de médecins, infirmiers/ ères et assistant-e-s sociaux. Son personnel assure le suivi des malades dans la plupart des cas. Ce suivi a souvent une forte dimension sociale et les infirmières du DAT et de la LPV jouent un rôle prépondérant. Par exemple, suite à la survenue de nouveaux cas, les infirmières du DAT assistent les médecins et facilitent la rapidité de la prise en charge. Le but est de rendre les patient-e-s rapidement non contagieux et d’initier sans tarder le traitement antituberculeux. La communication et la coordination entre les divers acteurs sont primordiales pour mener à bien la contention de la tuberculose. Chaque mois, une séance tripartite réunit le Service de santé publique, la Ligue pulmonaire et le CHUV afin d’examiner chaque cas déclaré.

La « Tripartite » examine chaque situation en détails sur l’ensemble des aspects concernés. La prise du traitement est-elle contrôlée pour telle personne, et qui s’en charge ? Le maintien à domicile est-il possible encore ou doit-on envisager un placement en EMS pour le reste du traitement de cette personne âgée ? L’enquête d’entourage a-t-elle été ouverte ? Combien de personnes concerne-t-elle ? Les enfants ont-ils été contrôlés en priorité ? Autant de questions devant trouver réponse lors de cette séance. Tous les professionnels de santé autour de la table analysent, décident, mettent en place, puis contrôlent ce qu’il revient à chacun de faire selon sa compétence définie. Ce travail conjoint et minutieux évite que la tuberculose ne se propage de nouveau. Virginie Bréhier

 

2 questions à…

Jesica MAZZA-STALDER,
pneumologue et médecin-conseil de la LPV

Jesica MAZZA-STALDER, pneumologue et médecin-conseil de la LPV

En quoi consiste votre mission de médecin-conseil à la LPV ?

Ma mission au sein de la LPV consiste en premier lieu à prévenir la propagation de la tuberculose au sein de la communauté. Ceci est pratiquement effectué par la supervision et coordination de plusieurs tâches :

  • Vérifier toutes les déclarations de nouveaux cas de tuberculose reçues, rechercher les informations manquantes et s’assurer que les documents transmis au médecin cantonal sont complets.
  • Proposer au médecin cantonal l’ouverture d’une « enquête d’entourage » dans les cas suspectés d’être contagieux pour contrôler la propagation de l’infection.
  • Sur mandat du médecin cantonal, coordonner et superviser les infirmiers/ères de la LPV et de la PMU pour mener à bien la réalisation des enquêtes d’entourage.
  • Contribuer à vérifier auprès des médecins le bon déroulement du traitement de la tuberculose, conformément au processus de qualité recommandé par les guidelines suisses et internationales.
  • Participer aux commissions cantonales sur la tuberculose afin d’élaborer de nouvelles mesures de santé publique pouvant éviter la propagation de la tuberculose dans le canton, notamment chez des groupes particulièrement à risque.

Quel est votre rôle dans le dispositif anti-tuberculeux cantonal ?

Mon rôle est de contribuer à traiter les cas de tuberculose active diagnostiqués dans les hôpitaux, particulièrement au CHUV. Ces cas sont suivis par le service de pneumologie, en étroite collaboration avec le service des maladies infectieuses. Le fait de soigner des malades et de former de jeunes médecins en collaboration avec les autres médecins cadres du CHUV, tout en informant le Service de la santé publique, améliore le passage d’informations et l’efficacité des actions menées. Cela contribue également à contrôler et arrêter la propagation de la maladie.

 

Eric MASSEREY,
médecin cantonal adjoint pour les maladies transmissibles

Eric MASSEREY, médecin cantonal adjoint pour les maladies transmissibles

Quel est le rôle du médecin cantonal dans le dispositif de contention de la tuberculose ?

En application de la loi fédérale sur les épidémies, le médecin cantonal est responsable de la surveillance et du contrôle des maladies transmissibles. La tuberculose fait partie des maladies à déclaration obligatoire par les laboratoires et par les médecins, toutes les informations transitent par le médecin cantonal. Les tâches qui s’y rattachent peuvent être déléguées, c’est pourquoi nous avons un contrat spécifique avec la Ligue pulmonaire vaudoise. Le Dr Mazza-Stalder, médecin-conseil de la LPV, est également adjointe au médecin cantonal, fonction officielle prévue dans la loi sur la santé publique, ici appliquée pour la tuberculose.

Que vous apporte le travail avec la Ligue pulmonaire ?

Sous la supervision du Dr Mazza-Stalder, la LPV garantit une disponibilité sans faille et permanente pour les interventions nécessaires dans le domaine de la tuberculose. Cette fiabilité et la compétence engagées reposent sur des années d’expérience et de collaboration efficace. Malgré la diversité des cas et leur distribution sur tout le territoire vaudois, en relation avec des partenaires concernés très divers (EMS, écoles, EVAM, entreprises, garderies, hôpitaux, prisons), la LPV assure la cohérence des attitudes et une vue d’ensemble des cas et de leur prise en charge.

Propos recueillis par Virginie Bréhier