De la motivation avant tout !
Hypertension artérielle, tabagisme, hypercholestérolémie, diabète et obésité représentent les facteurs de risque majeurs de maladies cardiovasculaires (MCV) au sein la population des pays industrialisés, Suisse y compris. Les moyens de lutte contre les MCV incluent les campagnes de prévention et la prise en charge médicale à l’aide de mesures thérapeutiques reconnues comme efficaces. Cependant, les enquêtes montrent que celles-ci sont insuffisamment adoptées par les personnes à risque. A l’échelon individuel, plusieurs barrières peuvent expliquer ce constat inquiétant : manque de connaissances sur les MCV et leurs déterminants, peu de prise de conscience ou croyances erronées des effets délétères des facteurs de risque, sentiment d’immunité contre les risques cardiovasculaires, doutes quant à l’efficacité des mesures thérapeutiques proposées, craintes des effets indésirables, etc. Chacun de ces obstacles aura un impact sur la personne concernée qui va évaluer les avantages et les inconvénients des recommandations. En d’autres termes, cela se traduira par la motivation ou non à corriger ses facteurs de risque.
Dans le cadre de leurs programmes de promotion de la santé et de prévention, les Ligues de Santé ont mis sur pied le projet « Bilan & Conseils santé ». Destiné à l’ensemble de la population vaudoise, ce projet, initié en 2006, a pour but de démontrer qu’une intervention brève, assortie d’une impulsion motivationnelle, devrait permettre aux participants d’améliorer leur profil de risque sur une période de 3 ans. L’intervention consiste à déterminer le profil des facteurs de risque cardiovasculaire décrit sur le site www.bilanconseilsante.ch , et à le restituer immédiatement au participant, avec un explicatif et des conseils individualisés. S’y ajoute un bref questionnaire motivationnel de Prochaska & DiClemente destiné à évaluer le stade de motivation à un changement de comportement spécifique pour chacun des facteurs de risque mesurés. Les principaux résultats sont présentés dans le graphique ci-contre.
Une analyse plus détaillée a montré que les motivations à la normalisation furent plus prononcées chez les personnes âgées de moins de 60 ans que celles de 60 ans et plus, celles-ci étant significatives pour le tabagisme et la surcharge pondérale. Contrairement aux hommes, les femmes sont apparues comme plus motivées à corriger l’ensemble des facteurs de risque de MCV, exception faite de l’hypercholestérolémie.
A notre connaissance, l’évaluation des motivations au changement portant simultanément sur les facteurs de risque cardiovasculaires majeurs n’a pas été effectuée jusqu’ici dans un large collectif de la population générale. Sachant que pour qu’une prévention cardiovasculaire soit efficace il importe de prendre en compte l’ensemble des facteurs de risque, nos résultats démontrent qu’il faut compter sur une forte hétérogénéité des attitudes des personnes concernées face aux différents facteurs de risque. Par ailleurs, il est aussi apparu que le recours à l’interview motivationnel offrait un espace de dialogue propice pour guider le participant entre ses obstacles et pour valider ses options. En conclusion, ces données préliminaires, couplées aux données de la littérature scientifique, soutiennent l’intérêt à mieux faire participer les individus au processus de décision dans le cadre de programmes visant à leur permettre d’améliorer la gestion de leur capital santé.
Dr A. Chiolero, chargé de recherche, LVCV et Ligues de Santé
Prof R. Darioli, Président de la LVCV







